“LE MONDE”
30 marzo 2002
Jeudi 28 mars, les écrivains membres de la délégation du Parlement
international des écrivains (PIE) sont sous le choc de l’attenta de Natanya.
« Nous portons le deuil de cette horrible tragédie et nous sommes inquiets
devant les représailles qui semblent se préparer à l’encontre de la population
de Ramallah », explique le romancier américain Russell Banks, président du
PIE. Invités par le poète palestinien Mahmoud Darwich, il vient avec quelques
confrères de passer plusieurs jours en Cisjordanie et à Gaza (Le Monde du 29
mars), avant de rencontrer des auteurs israéliens à Jérusalem et à Tel Aviv.
Avec l’écrivain David Grossman, jeudi matin à Jérusalem, la rencontre est
tendue. « Cette visite n’est absolument pas équilibrée. Les écrivains ont
choisi de rencontrer surtout des Palestiniens. C’est une lâcheté de ne pas
s’exposer aux arguments de la partie adverse, affirme-t-il. On traite les Palestiniens
comme s’ils étaient des enfants, mais ce sont des adultes tourmentés. C’est le
rôle de leurs amis de venir les secouer »
David Grossman pense qu’ « Israël est prêt à retourner à la table des négociations et (qu’il) faut
dire aux Palestiniens d’y retourner aussi ». Il n’y a, pour lui, qu’une
solution d’avenir : « L’évacuation totale des colonies,
l’instauration de deux Etats, séparés par une frontière plutôt que par un mur,
la souveraineté palestinienne sur Jérusalem-Est ». En revanche, il récuse
le principe du droit au retour des Palestiniens, sauf dans les cas de
regroupement familial. A ses yeux, les propos du romancier portugais José
Saramago, membre de la délégation du PIE, qui a comparé la situation dans les
territoires occupés à celle qui prévalait à Auschwitz, sont «offensants et
insultants».
Prise de distance
« Depuis trente-cinq ans, nous vivons dans une bulle hermétique où
prévaut une logique de la peur et de l’animosité. Nous avons besoin que le gens
de l’extérieur nous aident à respirer. C’est ce que j’attendais de cette
délégation. Malheureusement, les propos de M. Saramago ont rendu tout dialogue
impossible. »
Le Parlement international des écrivains a lui aussi pris ses distances
vis-à-vis de l’auteur portugais. Selon Russell Banks, « Les déclaration de
José Saramago, prononcées en marge du voyage de la délégation, n’engagent que
lui et n’expriment en rien la position des autres membres de la délégation et
du PIE ». Après les accusations de partialité lancées par David Grossman,
M. Banks rappelle les raisons de sa mission : « J’ai eu l’occasion
depuis trente ans de connaître le point de vue des Israéliens libéraux :
je lis tous les jours le New York Times ; j’ai rencontré souvent des
écrivains israéliens, car ils sont nombreaux à se rendre Etats. Unis. En
revanche, je n’ai pas accès au point de vue des Palestiniens ; c’est
pourquoi j’ai répondu à l’invitation de
Mohamoud Darwich. »
A Tel Aviv, les interlocuteurs de la mission du PIE, qui appartiennent tous à la frange la plus propalestinienne des intellectuels israéliens, ne partagent pas toujours les réactions de David Grossman. En désaccord avec les paroles de José Saramago, Yael Lerer, fondatrice de la maison d’édition Andalus, estime cependant qu’ « une telle provocation peut réveiller la société israélienne, qui a besoin d’un choc pour sortir de la crise actuelle ».
Amnon Raz, universitaire spécialiste de l’histoire juive, analyse l’impact
de l’évocation d’Auschwitz. « La comparaison avec Auschwitz est bien sure
fausse. Le mot exact pour décrire la situation israélienne serait plutôt celui
d’apartheid, un système qui légitime toutes les mesures telles les attaques par
les chars ou la destruction des maisons de civils ». Il observe qu’
« en Israël chaque jour, on associe Arafat à Hitler et la résistance
palestinienne à des actes nazis, sans que cela provoque un scandale
international ».
Le poète et romancier Yitzah Laor estime que « l’opinion occidentale
est trop favorable à la politique israélienne, qui est pourtant une politique
de mort ».
Ami du poète Mahmoud Darwich, il rappelle à la mission du Parlement
international des écrivains que les mesures israéliennes les condamnent à ne se
parler que par téléphone. « Nous ne pouvons nous rencontrer qu’a
l’étranger. » Mahmoud Darwich devait se rendre à la fin de la semaine à
New York, invité pour une lecture de ses textes. Les autorités israéliennes ne
lui ont pas accordé d’autorisation de sortie.