“LE MONDE”

30 marzo 2002

 

Vingt-deux pays arabes unanimes font une offre de paix et de reconnaissance à Israel, dans ses frontières d’avant juin 1967

 

di Mouna Naim e Lucine Gorge

 

Beyrouth. Pour la première fois depuis 1982, les pays arabes viennent de proposer « une initiative de paix » commune pour mettre fin à, leur conflit avec Israël. Adoptée jeudi 28 mars à l’unanimité des 22 membres de la Ligue arabe, au terme de leur sommet annuel à Beyrouth, l’ « initiative » propose la fin du conflit avec l’Etat juif et des « relations normales » avec lui sous trois conditions : le retrait de l’armée israélienne de la totalité des territoires palestinien, syrien et libanais encore occupés, un règlement « juste » du problème des réfugiés palestiniens et la création d’un Etat palestinien dont Jérusalem-Est serait la capitale. « Le gouvernement israélien et tous Israéliens sont invités à accepter cette  initiative », que doit « permettre aux Etats arabes et à Israël de vivre en paix, cote à cote, et offrir aux générations futures un avenir sécurisé, prospère et stable. »

« L’initiative » s’inspire très largement du discours prononcé au sommet par le prince héritier saoudien, Abdallah Ben Abel Aziz. Le prince avait néanmoins suggéré que, sur la base de ses idées, la Ligue arabe présente « un projet collectif arabe clair au Conseil de sécurité de l’ONU ». Il n’avait pas été plus précis mais sa suggestion laissait penser qu’il envisageait un projet de résolution qui serait soumis au Conseil.

Le sommet en a décidé autrement. Il s’est borné à confier à un comité le soin de prendre les contacts nécessaires au niveau international, en particulier avec les Etats Unis, la Russie, l’ONU, le Conseil de sécurité, l’Union européenne ainsi que les Etats musulmans afin de garantir le plus large soutien possible à cette « initiative ». Et, tandis que le prince Abdallah s’était contenté dans son discours à faire référence aux résolutions 242, 338 et 1397 du Conseil de sécurité de l’ONU, ainsi qu’aux « résolutions du sommet de Madrid », qui a lancé le processus de paix, « l’initiative arabe » précise, à l’endroit de la Syrie, et très certainement à l’instance de cette dernière, que le retrait israélien doit s’effectuer jusqu’aux lignes du 4 juin 1967, à la veille de la guerre de six jours.

Pour le ministre libanais de la culture et président du comité d’organisation du sommet, Ghassan Salameh, « l’initiative arabe » est en tout cas un message « très fort », qui montre que « les Arabes sont attachés, plus que jamais, au principe de l’échange des territoires contre la paix ». C’est précisément parce que la situation en Palestine fait des « milliers de victimes », que « certains veulent combattre jusqu’au dernier Palestinien » et réclament la poursuite de l’Intifada, que le prince Abdallah a pris son initiative, a renchéri le chef de la diplomatie saoudienne, Saud Al Fayçal. Maintenant qu’elle a été adoptée par tous les pays arabes, elle est un « message clair et sans ambiguïté adressé à Israël », qu’émane de « la volonté des Arabes de parvenir à la paix », tout en définissant le cadre de la négociation. C’est aussi « un tout dans lequel Israël ne peut pas choisir à la carte », a-t-il ajouté.

C’est en 1982. lors d’un sommet réuni à Fes, au Maroc, que les pays arabes avaient pour la première fois proposé un plan de paix qui portait le nom de son auteur, le roi Fahd d’Arabie saoudite. Ledit plan proposait indirectement reconnaissance du droit de tous les Etats de la région du Proche-Orient à vivre en paix et en sécurité. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous le ponts et le processus de paix israélo-arabe a été mis en route à la conférence de Madrid, fin octobre 1990. L’initiative adoptée jeudi par le sommet arabe est donc la première du genre depuis vingt ans.

Dans leur déclaration finale, dite Déclaration de Beyrouth, les dirigeants arabes n’ont pas suivi le président syrien Bachar Al Assad dans son souhait de voir les pays qui entretiennent des relations avec Israël rompre ces liens aussi longtemps que l’Etat juif continuera sa politique « agressive » envers les Arabes. Mais les dirigeants arabes ont confirmé que « à la lumière des revers subis par le processus de paix, ils demeuraient liés par leur engagement de ne pas entretenir de relations quelconques avec Israël et de relancer les activités du bureau de boycottage arabe de l’Etat juif, jusqu’à ce qu’il réponde favorablement aux résolutions de la légalité internationale ».