6 Décembre 2003
Anciens et nouveaux défis du
Processus de Barcelone
Je
me réjouis de pouvoir être présent à Naples au moment où les 35 partenaires
euro-méditerranéens engagés dans cette initiative de coopération entre les deux
rives de notre mer commune, s’apprêtent à relancer sans équivoque ce
partenariat et à conférer un caractère plus concret au processus de Barcelone,
dans le cadre duquel la VI conférence ministérielle euro-méditerranéenne
s’insère.
Il
me semble aussi important de souligner que l’événement du 2 et 3 décembre a
lieu dans le contexte de la future Europe élargie et dans le cadre de la
nouvelle « politique de voisinage » de l’Union européenne, une
politique qui présente de forme cohérente notre conception des relations
extérieures avec les régions limitrophes de l’Union, la région
euro-meditérranéenne ayant été toujours d’une grande priorité pour l’Europe.
Le
nouveau siècle n’a pas été simple à ce jour pour le processus de Barcelone. En
2000, nous avons été confrontés à l’échec d’un projet de paix finale entre
Israël et Palestine et à l’émergence de la deuxième Intifada. En septembre
2001, l’attentat terroriste contre New York a changé la perception sécuritaire
du monde ; celle des Etats-Unis, premières cible et victime bien
évidemment, mais aussi celle que nous avions en Europe. En 2002 et 2003, le
conflit en Irak, la guerre, le lent chemin vers une paix stable ont bouleversé
les données stratégiques au Moyen-Orient.
Certains
pourraient dire : que vaut le processus de coopération
euro-méditerranéenne face à de telles ruptures ? Conçu comme un espace de
coopération anticipant la paix, il est de facto un espace compliqué par les
conflits.
Barcelone
– j’y étais à sa naissance difficile – devait renforcer l’esprit de paix
israélo-arabe qui existait après la Conférence de Madrid et qui peine à
retrouver son sens aujourd’hui.
Barcelone
devait permettre aux deux rives de la Méditerranée de partager une vision
commune de la sécurité, qu’une Charte de Paix et de Stabilité aurait du
consacrer mais qui a été gelée. Barcelone devait être un modèle de coopération
Nord-Sud, limité aux rives de notre Méditerranée, mais capable d’intégrer un
renouveau des relations avec l’ensemble du Moyen-Orient. Le défi est encore
plus ardu aujourd’hui avec un Irak, en quête de paix et de stabilité, tout
comme l’ensemble du Golfe persique.
Doit-on
pour autant parler d’échec de Barcelone ? certainement pas. Pour au moins
trois raison. Nous travaillons mieux ensemble. Nous travaillons plus ensemble.
Nous avons déjà identifié les chantiers de l’avenir.
En
moins de 10 ans, l’Europe est parvenue collectivement à des relations
contractuelles avec la quasi-totalité de ces partenaires méditerranéens. Les
projets de coopération qui accompagnent ces Accords d’association ont pu créer
des frustrations. La révision de leur gestion, grâce aux efforts de la
Commission et des Etats associés porte désormais ses fruits. En termes
quantitatifs, comme qualitatifs, il y a peu de coopération bilatérale qui
puisse prétendre faire mieux. L’Europe assume son rôle naturel de partenaire
des pays méditerranéens.
Le
champ de cette coopération s’est élargi. Le principe du libre échange est
acquis et mise en œuvre. Mais ou partenariat ne s’arrête pas aux biens et
services. Désormais, nous parlons ensemble des autres volets du
processus : un dialogue politique qui s’enrichit. Parler du terrorisme
comme risque commun est un sujet sans tabou. Discuter de gérer ensemble les
défis migratoires est devenue d’actualité. Les défis de l’avenir sont bien
identifié. Le premier, déjà identifié, mais qui deviendra une réalité dès mai
2004 est l’élargissement de la famille européenne. Barcelone est parvenue à
rendre plus méditerranéens les 15 Etats membres de l’UE signataires de cet
engagement de bon voisinage. A 25, ce sera la même chose. Avec des opportunités
au Sud comme au Nord qui seront encore plus fortes.
La
deuxième défi est aussi déjà pris en compte : confirmer la propriété des
peuples sur ces processus. Nous les ferons en particulier à travers nos
Parlements, le Parlement européen comme les Parlements des Nations participant
à ce projet. Nous le faisons et le ferons aussi par un dialogue culturel et
social ouvert aux société civiles.
Le
troisième défi est le plus difficile, mais ne doit pas être renié, encore moins
oublié. Il doit être la mise en œuvre du principe de paix collective. Nous
avons déjà commencé par le plus facile : expliquer aux pays partenaires du
Sud ce que signifiait notre nouvelle politique en matière de sécurité et de
défense. Elle avait été perçue par certains – à tort – comme la construction
effective d’une nouvelle frontière.
La
Politique Européenne de Sécurité a prouvé par les faits d’hier et
d’aujourd’hui, en Afrique ou dans les Balkans, qu’elle n’a pas pour objectif
d’exclure, mais bien au contraire d’associer. Et très particulièrement nos
partenaires méditerranéens. Faire la paix ensemble, contribuer à la paix
ensemble est, non seulement possible, mais une option sur laquelle nous devons
travailler pour l’avenir. Dans la région méditerranéenne et israélo-arabe, à la
question chypriote, ou au Sahara occidental.
Autant
de questions qui demandent un effort collectif. Autant dire que l’agenda du
processus de Barcelone, même s’il est parfois difficile, reste chargé. Je suis
certain qu’un message vigoureux sur notre coopération dans la région
euro-méditerranéenne sortira de la conférence de Naples.
Politique Etrangère et Sécurité Commune