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Votre oeuvre politique est un motif de fierté pour tous


25 aprile 1999
« En instituant pour la première fois dans le monde arabe et sur la majeure partie de la rive sud de la Méditerranée, la pratique de l’alternance, vous avez, Majesté, offert non seulement à votre peuple mais à l’ensemble des peuples arabes un motif de fierté et d’espérance », a dit le professeur Mohamed Aziza dans une allocution prononcée lors de la cérémonie de remise du prix de la Méditerranée, à S.M. le Roi Hassan II, samedi à Marrakech, en présence de S.A.R. le Prince Moulay Rachid.

« C’est probablement l’aboutissement du processus démocratique vers lequel vous avez su mener votre pays qui restera comme un des sommets de votre œuvre politique pour le bien de votre peuple », a-t-il ajouté. « En réussissant ce défi, vous avez d’abord fait mentir les prédicateurs qui diagnostiquaient une supposée incompatibilité structurelle, naturelle et permanente entre l’Islam et la démocratie », a affirmé le Pr. Nadir Mohamed Aziza.

Voici le texte intégral de l’allocution prononcée par le Pr. Nadir Mohamed Aziza:

“Majesté, Excellences, Mesdames, messieurs,

C’est au nom de personnalités scientifiques et culturelles de la Méditerranée parmi les plus prestigieuses, membres de notre académie que nous avons décerné à Votre Majesté le prix de la Méditerranée dans sa première édition conjointe entre la Fondazione Laboratorio Mediterraneo et l’Académie de la Méditerranée.

Je dois donc, en ma qualité de secrétaire général de cette Académie et au nom de l’ensemble de ses membres, motiver cette attribution.

Bien que bénéficiant d’une large façade atlantique et avançant dans l’espace continental africain, votre pays est authentiquement un pays méditerranéen. Non pas seulement parce que de Tanger à Oujda s’étend la cote rifaine baignée par la Méditerranée, mais parce que plus profondément, la culture du Maroc procède de cet humanisme qui a fait de l’homme la mesure et le grain du monde, sur les rivages de votre Mare Nostrum.

Cet humanisme est un universalisme, comme l’ont souligné plusieurs grands penseurs et créateurs y compris ceux qui, comme Marguerite Yourcenar par exemple, ne sont pas d’origine méditerranéenne. L’auteur des mémoires d’Hadrien – un des plus grands livres du siècle – bien que née et élevée dans les flandres brumeuses, écrivait: « Si l’humanité est destinée à survivre, la civilisation de demain, comme le fut celle d’hier, sera évidemment construite sur les lignes des grandes traditions, humanistes et classiques, méditerranéennes. Je crains même que ce mot méditerranéen, mot un peu étroitement géographique, n’enlève à cette conception son principal mérite qui est celui de l’universalité ».

Par jour de grand vent, d’un sommet de la ville de Tanger, je vis une concrétisation quasi cosmique de cet humanisme de l’universel : un trait sinueux d’une couleur particulière marquait l’endroit où s’emmelent les eaux des deux mers, la Méditerranée s’aventurant dans l’Océan à la recherche sans doute de continents à féconder, comme un pollen dérivant dans le vent. Cette ligne de partage - le Marajou Al Bahrein coranique – n’est elle pas la plus forte illustration de l’aptitude du génie méditerranéen à parler à tous ceux que touche son inspiration de quelque horizon qu’ils proviennent et à quelque latitude ou longitude qu’ils se rattachent.

Cet enseignement méditerranéen vous l’avez, Majesté, à plusieurs reprises de votre vie que nous souhaitons longue et accomplie, éprouvé et prouvé.

"Dès votre accession au Trône chérifien, vous avez eu à poursuivre et à parachever l’œuvre d’unité nationale de votre regretté père, Sa Majesté Mohammed V".

Vous avez du ensuite affronter les épreuves que la construction volontariste de l’avenir d’une nation ne manque pas de soulever dans les pays émergents de la nuit coloniale et se libérant des vertiges centrifuges du clanisme et de l’archaïsme des temps du renforcement. Mais c’est probablement l’aboutissement du processus démocratique vers lequel vous avez su mener votre pas qui restera comme un des sommets de votre œuvre politique pour le bien de votre peuple. En réussissant ce défit, vous avez d’abord fait mentir les prédicateurs qui diagnostiquaient une supposée incompatibilité structurelle, naturelle et permanente entre l’Islam et la démocratie. Ces tenants d’une spécificité a jamais figée et, de préférence, dégradée avaient déjà décrété la soi-disant misogynie constitutive de l’Islam en occultant le fait que deux femmes la mère et la fille de surcroît avaient pu accéder à la fonction de Premier ministre dans l’un des deux pays musulmans les plus peuplés au monde: le Pakistan. Une autre femme assume actuellement la même fonction dans le pays jumeau et musulman du Bangladesh.

Ces analystes amnésiques oubliaient ou faisaient mine d’oublier également que trois concepts au moins du patrimoine intellectuel musulman: la consultation (Shura) l’adhésion volontaire (Baya) et la consensus (ljmaa) pouvaient aider à l’élaboration démocratique autocentrée et progressivement assurée. Enfin et surtout, les défenseurs d’une authenticité jamais altérée faisaient peu cas des évolutions par lesquelles passe obligatoirement toute société historique vivante surtout si elle est conduite, comme c’est les cas de la société marocaine, sous votre direction éclairée, vers la conquête pacifique de la modernité.

En instituant pour la première fois dans le monde arabe et sur la majeure partie de la rive sud de la Méditerranée, la pratique de l’alternance, vous avez, Majesté, offert non seulement à votre peuple mais à l’ensemble des peuples arabes un motif de fierté et d’espérance.

Pendant longtemps on avait confondu, en cette matière, fin et moyens, les tenants d’un pluripartisme débride mais en réalité plutôt platonique n’avaient pas saisi que ce qui juge la réussite d’une expérience démocratique c’est le résultats auquel elle fait parvenir et non pas les pétitions de principe qu’elle se contente de proclamer sans en attendre des conséquences concrètes. En maints endroits, des processus de démocratisation pourtant dotés de nombreux partis, d’expressions variées et même parfois de candidatures démultipliées avortent dans l’inabouti. Il ne suffit donc pas d’aspirer à un pluripartisme formel et, dans les faits, peu agissant. En matière de démocratie véritablement avérée, le paramètre indiscutable est l’alternance parce que, seule, elle peut garantir le fonctionnement d’un pluralisme concrètement planté dans la glaise du réel.

Majesté,

Excellences,

Mesdames, Messieurs,

Dans votre livre autobiographique, vous aviez développé une admirable parabole qui a eu un succès large et durable. Vous aviez comparé votre pays è un arbre étendant ses racines dans le terreau africain gorge de sève noumcière et déployant, comme une chevelure, ses feuilles vers l’Europe dispensatrice de la chlorophylle de la modernité.

Pour ce faire, cet arbre doit enjamber le deux rives de notre mer commune, les enjamber pour les relier, comme la courbure d’un bras qui enlage et rapproche, comme un pont qui raccorde et unit.

Permettez-moi au moment où nous allons remettre à Votre Majesté les insignes de cette distinction plus que méritée, d’avoir en Maghrébin d’origine, une émotion légitime de voir honoré par le sommet des intelligences méditerranéennes le Maghrébin majeur que vous étés.

Cet honneur rejaillit certes sur votre peuple mais au-delà sur l’ensemble des peuples du Maghreb, en marge vers la réalisation de leur unité dans le respect de leurs complémentaires.


Majesté,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie de votre attention




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